Surprise pour cette équipe internationale d'astrophysiciens[1],
qui vient de réaliser
la première carte magnétique d'une étoile de
très faible masse (baptisée naine rouge) à l'aide de l'instrument
ESPaDOnS[2] récemment installé au foyer du télescope
Canada-France-Hawaii[3].
Surprise, car au lieu de la structure complexe à laquelle ils s'attendaient, ils
ont au contraire mis en évidence
un système magnétique aussi simple
que celui de la Terre ou d'une barre aimantée. Ce résultat remet en cause
nos connaissances sur la formation des champs magnétiques du Soleil et des
étoiles.
A terme, il pourrait permettre de
mieux prédire
l'activité du Soleil et son impact sur le climat terrestre.
V374 Pegasi, située à 20 années-lumière du
Soleil (une voisine en quelque
sorte) dans la constellation de Pégase, est une étoile de très faible
masse dont la température est de 2900 C (contre 5500 C pour le Soleil). Sa faible
luminosité la rend difficile à observer en lumière visible, mais le nouveau
spectropolarimètre ESPaDOnS[2] permet désormais d'obtenir
de précieuses informations sur la structure du champ magnétique de telles
étoiles.
C'est ainsi que
la toute première carte magnétique d'une étoile de ce type
a pu être réalisée.
Mais le magnifique résultat obtenu n'est pas celui
auquel les chercheurs[1] s'attendaient.
En effet, les modèles existants
prévoient que les mouvements chaotiques de matière dans l'étoile
(capables d'évacuer l'énergie produite au centre) doivent
former un champ magnétique complexe et peu organisé. Au lieu de quoi,
la structure
de ce champ apparaît aussi simple que celle d'un aimant. Il reste donc à
comprendre comment le champ magnétique de V374 Pegasi se forme, ce qui nous
permettra de mieux analyser comment notre propre étoile, le Soleil, arrive à
engendrer son champ magnétique.
Bien qu'il semble d'aspect immuable, le Soleil est variable dans le temps
et engendre des fluctuations de luminosité qui pourraient avoir un impact
sur le climat de notre planète. Ainsi, les scientifiques pensent que
le Soleil pourrait être responsable de la periode très froide, appelée
Petit Age Glaciaire, que la Terre a connue entre le XVème et le XVIIIème
siècle.
Des modifications internes du champ magnétique du Soleil
pourraient être à l'origine de ces changements, mais les mécanismes sont
encore mal compris.
L'étude du champ magnétique des étoiles est une nouvelle façon
d'explorer
et de décrypter le magnétisme solaire et ses éventuelles implications sur
le climat terrestre; cette approche s'apparente à celle du médecin, qui
examine plusieurs patients plutôt qu'un seul pour mieux percer les secrets
d'une maladie.
Jean-François Donati, Laboratoire d'Astrophysique de Toulouse-Tarbes,
Observatoire Midi-Pyrénées, 14 avenue E. Belin, 31400 Toulouse. Tel: (33) 561332917, Fax: (33) 561332840,
email: donati@ast.obs-mip.fr.
Xavier Delfosse, Laboratoire d'Astrophysique de l'Observatoire de Grenoble, Observatoire des
Sciences de l'Univers de Grenoble, 31 rue de la Piscine, 38041 Grenoble. Tel: (33) 476635510,
email: Xavier.Delfosse@obs.ujf-grenoble.fr.
Andrew Cameron, School of Physics and Astronomy, University of StAndrews, St Andrews, Fife
SCOTLAND KY16 9SS, UK, Tel: (44) 1334 463147, email: Andrew.Cameron@st-and.ac.uk
[1]
Cette équipe comprend
JF Donati (Laboratoire d'Astrophysique de Toulouse, CNRS/UPS, France),
T Forveille (Canada-France-Hawaii Telescope Corporation, USA),
AC Cameron (University of StAndrews, UK),
JR Barnes (University of StAndrews, UK),
X Delfosse (Laboratoire d'Astrophysique de l'Observatoire de Grenoble, CNRS/UPS, France),
MM Jardine (University of StAndrews, UK) and
JA Valenti (Space Telescope Science Institute, USA)
[2]
ESPaDOnS a été financé par la France
(CNRS/INSU, Ministère de la Recherche, LATT, Observatoire
Midi-Pyrénées, Laboratoire d'Etudes Spatiales et d'Instrumentation en
Astrophysique, Observatoire de Paris-Meudon), le Canada (NSERC), le CFHT et l'ESA
(ESTEC/RSSD). La première lumière d'ESPaDOnS au TCFH a été
obtenue le 2 Sept 2004.
[3]
Le fonctionnement du TCFH est financé par le Canada (NSERC), la France (CNRS/INSU) et
l'Université d'Hawaii.